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La division de toxicologie du Laboratoire National de Santé a participé avec des chercheurs allemands, canadiens, suisses et malais à une étude mettant en évidence la consommation régulière et chronique d’alcool, en conditions naturelles d’une musaraigne de Malaisie. Celle-ci ne présente pourtant pas de symptômes d’ébriété apportant ainsi un nouvel éclairage sur les mécanismes d’adaptation de l’organisme à l’alcool et sur leur évolution.
Le ptilocerque de Low, un des ancêtres des primates, boit tous les jours dans la forêt de Malaisie du nectar du palmier Eugeissonia tristis, qui présente la particularité de produire un liquide apparenté à la bière. La teneur maximale en alcool de cette substance atteint 3,8%. Le palmier retient cette "bière de nectar" très odorante pendant plusieurs mois dans ses boutons floraux, jusqu'à ce que le pollen soit mûr, vraisemblablement pour favoriser la présence d'insectes pollinisateurs. Cette plante fleurit tout au long de l'année.
Ainsi, la consommation d'alcool du ptilocerque est chronique et elle a vraisemblablement débuté il y a 55 millions d'années. Les chercheurs ont calculé, que l'animal devrait être soûl toutes les trois nuits, si son organisme se comportait comme celui d'un être humain. L’analyse dans les poils de l’éthyl glucuronide (un métabolite de l’alcool utilisé comme marqueur capillaire d’abus d’alcool) a révélé des concentrations plus élevées que dans les cheveux de personnes ayant consommé la même dose d’alcool. Pourtant, le comportement de cet agile grimpeur ne laisse pas percevoir de signes d'ébriété. Il semble disposer de mécanismes de métabolisation de l'alcool particulièrement efficaces.
La découverte de ces scientifiques ouvre de nouvelles perspectives quant à la compréhension de l'alcoolisme chez l'Homme. Jusqu'ici, les théories sur l'alcoolisme considéraient que les Hommes et leurs ancêtres n'avaient été exposés qu'aux petites quantités d'alcool présentes dans les fruits fermentés avant l’apparition de la bière il y a environ 9.000 ans. Cette théorie permettrait d'expliquer que l'alcool ait un effet particulièrement fort sur l'organisme humain. Celui-ci ne se serait pas encore habitué à la consommation d'alcool qui est survenue tardivement dans l'évolution humaine. Le phénomène observé chez la musaraigne de Malaisie montre qu'il en est tout autrement. Les musaraignes consommatrices d'alcool appartiennent aux plus proches parents des primates encore en vie et présentent une écologie et un comportement très semblables à ceux de nos ancêtres qui vivaient il y a 55 millions d'années. Ainsi, la forte consommation d'alcool pourrait être apparue très tôt dans l'évolution des primates
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